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Grand Dire pour Grandir, un événement pour donner la parole aux jeunes
Le 7 avril dernier, le Théâtre 100 Noms à Nantes a accueilli « Grand dire pour grandir », une soirée organisée par Apprentis d’Auteuil Nord-Ouest à l’occasion des 160 ans de la fondation. Devant une salle comble réunissant donateurs, partenaires et amis de la fondation, des jeunes, des familles et des professionnels accompagnés par Apprentis d’Auteuil ont pris la parole pour partager leurs parcours de vie, leurs combats et leurs espoirs.
En ouverture de la soirée, Jean-Marc Sauvé, président d’Apprentis d’Auteuil, a rappelé la mission fondatrice de l’œuvre créée il y a 160 ans par l’abbé Louis Roussel : accueillir et accompagner les jeunes les plus fragiles. "Un seul jeune laissé sur le bord du chemin est un scandale", a-t-il déclaré, soulignant l’importance de l’éducation et de la lutte contre les violences faites aux jeunes.
La première séquence a porté sur le décrochage scolaire avec le témoignage de Lou, coordinatrice du dispositif COREA (Confiance Réussite Accompagnement) au lycée professionnel agricole Daniel-Brottier à Bouaye, près de Nantes. Elle a décrit les différentes formes que peut prendre le mal-être scolaire : « Ça peut arriver à n’importe quelle famille. Il faut trouver le levier pour que le jeune se remobilise. »
Aux côtés de sa mère, Mila a raconté avec beaucoup d’émotion son parcours marqué par le harcèlement et l’angoisse scolaire. Grâce à l’accompagnement proposé par COREA, elle reprend peu à peu confiance en elle. Son message a profondément touché la salle : « Aux adultes, je voudrais demander d’être à l’écoute et de faire attention à nous. » Isaac, 14 ans lui aussi, a évoqué les violences subies à l’école depuis l’enfance et le soulagement ressenti en intégrant le dispositif : « J’ai su que j’étais lent mais pas flemmard, juste incompris. » Sa mère, Maguy, a témoigné du bouleversement vécu par toute la famille avant d’ajouter : « La plus belle réussite, c’est le sourire de mon enfant. »
La soirée a également mis en lumière le travail des Maisons des familles, lieux d’accueil ouverts et gratuits destinés à rompre l’isolement des parents. Sarah a expliqué combien ce lieu lui avait permis de reprendre confiance : « Quand j’y vais, je sors de ma routine. Je me sens plus légère. » Virginie, responsable de la Maison des familles, a rappelé que « chaque parent a des ressources et peut reprendre confiance en lui ».
Autre moment fort : le témoignage de Maïa, accompagnée par le dispositif La Touline destiné aux jeunes majeurs sortant de la protection de l’enfance. Placée dès l’âge de 2 ans, elle a raconté la difficulté de devoir devenir autonome très tôt : « À 18 ans, il faut dégager », a-t-elle résumé avec franchise. Aujourd’hui indépendante, elle continue de pouvoir compter sur le soutien de son éducatrice Alix, qui a rappelé combien ces jeunes ont besoin « d’adultes sur qui compter ».
L’insertion professionnelle a aussi été au cœur des échanges. Mehdi, apprenti en pâtisserie au CFA de Bouguenais, a raconté son parcours de formation et les opportunités qui lui ont permis de trouver sa voie, et de découvrir de nouvelles compétences à travers notamment d’un stage Erasmus en Hongrie. Son formateur, Laurent, a lancé un appel aux entreprises : « Bâtissons des parcours qui donnent confiance aux jeunes. » Mehdi a conclu avec simplicité : « Ce que je dirais au Mehdi d’il y a deux ans, c’est de se concentrer sur le travail, pas sur les mauvaises ondes. »
L’importance de l’art, du sport et de l’ouverture culturelle comme leviers éducatifs a également été soulignée au cours de la soirée. Mila a interprété un slam intitulé Je ne suis pas un échec, tandis que Lorenzo a partagé un texte évoquant son histoire et sa souffrance. Pour David, éducateur, ces projets permettent aux jeunes « de s’exprimer, de se dépasser et de vaincre leurs peurs ».
Enfin, Florian et son responsable Valentin ont illustré la réussite possible grâce à l’accompagnement vers l’emploi. Après un parcours scolaire interrompu, Florian a intégré le programme Pro Pulse prépa apprentissage Commerce avant d’être embauché par Valentin dans sa boutique Lacoste. Aujourd’hui autonome et fier du chemin parcouru : « Aujourd’hui, je peux regarder les gens dans les yeux, et même si je n’aime pas trop le dire tout haut, je suis fier de moi ! », il a lancé un message aux recruteurs présents : « Prenez des jeunes comme moi, qui n’ont pas eu un parcours classique, ils pourraient se révéler. »
La soirée s’est conclue avec le témoignage très émouvant de Corentin, ancien élève des établissements Daniel-Brottier, devenu ambassadeur de la fondation. Revenant sur son parcours et les personnes qui ont cru en lui, il a adressé au public un message plein d’espoir : « Croyez en quelqu’un, même quand lui n’y croit pas. Vous pouvez changer sa vie. »
Un bel hommage vidéo a également été rendu par Falmarès, jeune Guinéen accueilli à la Maison d’enfants Scalabrini de Vannes à la suite d’un parcours migratoire éprouvant, et devenu un poète reconnu, édité chez Flammarion
Et notre marraine de cœur, Violette Dorange, a également tenu à envoyer un message dynamique et plein d’encouragement aux jeunes de la fondation, qui la suivent depuis plusieurs années.